Edito CinéSud 2015

L’Afrique qui vient

Affiche CinéSud 2015Voici 26 courts métrages d’Afrique et de ses diasporas que nous avons choisis pour leur réalisation maîtrisée et pour leur regard singulier. Certains ont déjà été vu dans d’autres festivals mais pas dans notre région ; la plupart sont des découvertes que nous sommes heureux de vous présenter.

Nous avons en effet encore du chemin à faire pour lutter contre nos attentes de public du Nord en direction des cinémas d’Afrique : nous voudrions des films dépaysants, voire exotiques qui souffleraient un air frais dans notre environnement cinématographique asphyxié et usé. Mais non, ce sont d’abord des œuvres réussies : leur scénario est abouti ; leurs techniques de réalisation (photographie, son, montage…) sont maîtrisées ; leur direction d’acteurs (y compris dans les documentaires) est convaincante ; leurs propos sont forts. Enfin et surtout, ils portent l’identité de leur auteur et ils nous font une incontestable proposition de regard sur leur monde ; ce faisant enfin, ils suscitent l’émotion et la réflexion.

Ces films parlent tous le langage universel du cinéma mais ils ont des spécificités thématiques, narratives et culturelles qui sont celles de leurs origines : depuis le Maghreb jusqu’à l’Afrique australe en passant par l’Afrique de l’Ouest ou encore par les îles les plus méridionales du continent. Au moment où la mondialisation des moyens numériques de production peut conduire à un mouvement d’uniformisation des images, CinéSud a pour ambition d’affirmer l’existence d’un cinéma africain de court métrage qui bouillonne. Et ce sont bien ses particularités culturelles et artistiques qui lui permettent de s’affirmer dans le paysage cinématographique mondial.

Que nous disent ces 26 courts métrages sur l’état des cinémas d’Afrique ?  En vrac, de très bonnes nouvelles : qu’un réjouissant cinéma d’animation africain est en marche ; que les fictions savent s’inscrire dans les contextes politiques, sociaux ou religieux et en explorer les possibilités dramatiques ; que des réalisatrices s’affirment dans des portraits forts de femmes indépendantes ; qu’une enfance énergique sait contourner le poids des traditions et des coutumes ; qu’un cinéma du réel s’installe de plus en plus dans le documentaire de création ; enfin, que le soin apporté à l’image, à sa construction et à ce qu’elle peut suggérer, ruine la démonstration ou les facilités auxquelles on croyait abonnées les cinématographies africaines.

La 16e édition de CinéSud se structure donc autour de 5 séances de compétition. Et, puisque son ambition est d’explorer la diversité des écritures du format court sur le continent, après l’Afrique du Sud l’an dernier, nous vous proposons un gros plan sur le court métrage algérien. Nous avons ainsi invité Samir Ardjoum, critique de cinéma algérien, pour un focus qui sera forcément subjectif et passionné. Enfin, les auteurs des films sélectionnés étant, la plupart du temps, des étudiants d’écoles ou de jeunes cinéastes qui aspirent à continuer leur carrière dans le long métrage, nous vous proposons la rencontre avec les deux premières grandes productions de jeunes réalisateurs africains : d’abord, en ouverture, et en avant-première, Le Challat de Tunis de Kaouther Ben Hania ; ensuite, puisque les bonnes nouvelles des cinéma d’Afrique viennent aussi en ce moment du cinéma du réel, Examen d’état du réalisateur congolais Dieudo Hamadi. Leurs réalisateurs nous diront comment ils sont passés de l’espace de liberté du court métrage à celui plus contraignant et plus normé du long métrage sans perdre leur âme.

Plus que jamais CinéSud fait le pari que le public local, le public scolaire ou étudiant et le public professionnel du court métrage africain se retrouveront dans sa programmation : la diversité de ces publics n’est pas contradictoire mais doit, au contraire, se nourrir mutuellement. Il s’agit bien pour CinéSud, en même temps, et de toucher le public local, et d’être un tremplin pour le court métrage africain.

Bon festival !

L’équipe d’animation de CinéSud